Extrait de "Entretien avec un vampire", de Anne Rice, 1976
Il se pencha vers elle, l’air rêveur, ensorcelé par sa beauté, tout en continuant à l’empêcher de se débattre.
« Hummm… Mais nous sommes la mort consciente ! Tu peux être sa fiancée. Sais-tu ce que signifie d’être aimée par la Mort ? »
Il embrassa presque son visage, les taches brillantes de ses larmes.
« Sais-tu ce que cela signifie, que la Mort sache t’appeler par ton nom ? »
Elle le regarda d’un air terrifié. Puis ses yeux parurent s’embrumer, ses lèvres se détendre. Elle observait, derrière lui, la silhouette d’un autre vampire qui avait lentement émergé de l’ombre. Il était longtemps resté un peu en dehors du groupe, poings fermés, ses yeux noirs parfaitement immobiles. Il n’avait ni l’attitude du vampire affamé, ni l’attitude de l’extase. Elle le regardait droit dans les yeux, et sa souffrance la baignait d’une lumière sublime, une lumière qui la rendait irrésistiblement attirante. C’était cela qui tenait en haleine ce public blasé. J’imaginai la caresse de ma main sur sa peau, sur ses petits seins dressés, puis fermai les yeux devant l’intensité de sa détresse, et dans l’obscurité de mes paupières découvris son image parfaite. C’était ce que ressentaient aussi tous ceux qui étaient autour d’elle, cette communauté de vampires. Elle n’avait aucune chance.


