Extraits de "Les Ombres de Wielstadt",
de Pierre Pevel, 2001
Les mercenaires avançaient prudemment dans les rues qui ne leur étaient pas familères. La nuit cachait la misère du quartier qu’ils traversaient mais le rendait plus sinistre et menaçant.
« Pressez ! » dit l’homme de tête, un grand roux qui portait un épais pourpoint de bufle sous son manteau et allait rapière au côté.
Les six qui le suivaient en silence étaient armés et vêtus de ce qu’ils avaient pillé dans les places conquises, ou glanés sur les champs de bataille. Deux d’entre eux portaient des sacs qui faisaient un bruit de ferraille. Moitié soldats, moitié brigands, rien en les distinguaient des autres mercenaires sans foi ni loi qui commençaient d’écumer les campagnes depuis que la révolte des princes protestants avait porté la guerre dans le Saint Empire. Ceux-là avaient choisi le mauvais camp, celui de l’Union évangélique vaincue, celui qui ne versera pas la solde.
« Nous seront bientôt arrivés », indiqua l’homme roux. Il se nommait Horst Klieb. Les six autres lui obéissaient depuis qu’ils avaient, à son initiative, déserté l’armée qui se repliait sur le Palatinat rhénan après le désastre de la Montagne Blanche.
« Nous y sommes », fit Klieb en désignant la façade étroite d’une maison aux volets clos.
Il frappa à la porte selon un code convenu et toute la bande fut bientôt admise à entrer dans une salle basse, crasseuse et puante. Un piètre feu brûlait dans l’âtre. Trois hommes buvaient assis à une table ; trois autres se tenaient debout dans le fond. Malpropres et mal vêtus, balafrés pour certains, l’œil menaçant, ils offraient un panel de trognes parmi les moins engageantes. Tous portaient la dague ou l’épée et semblaient savoir s’en servir.
Six, donc.
Sept, avec celui qui avait ouvert.







