"Lentement, elle se redressa, chassant de ses longs doigts les brins d’herbe collés à sa peau bleue. Elle enfila une tunique d’une couleur indéfinissable, puis elle jeta sa tête en arrière, rassembla derrière sa nuque ses cheveux noirs en un geste impudique qui fit saillir sa souple poitrine, et ramena au-dessus de son épaule une interminable natte qu’elle entreprit de dénouer.
L’homme déglutit, fasciné par ces cheveux noirs luisants d’où ruisselait un filet d’eau courant jusqu’entre les cuisses de l’apparition. Toujours accroupi, il s’arracha péniblement à la boue pour s’avancer encore, mais l’une de ses bottes resta collée dans la vase : il chuta de tout son long parmi les roseaux.
Lorsqu’il releva la tête, l’elfe avait disparu.
Elle était là, pourtant, toute proche, immobile dans les herbes, fixant de ses yeux verts, presque jaunes, le chasseur de grenouilles qui barbotait piteusement en tentant de récupérer sa botte. L’homme y parvint enfin et sortit de l’eau, si près qu’elle aurait pu le toucher. Mais il ne la vit pas. […]
L’homme éternua bruyamment et jura.
- Saleté ! Catin ! Montre-toi si tu l’oses !
L’elfe sourit, mais ses yeux se durcirent.
Le chasseur jura encore, vida sa botte gorgée d’eau et retira sa musette de grenouilles.
- Sorcière ! Brindille ! […] T’as de la chance ! cria-t-il. Je t’aurais montré, moi ! Cache-toi, va ! Ca vaut mieux !
- Qui se cache ?"