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Le crépuscule ...

Le crépuscule des Elfes

le 29/04/2006 à 14h15
Extraits de "Le Crépusule des Elfes", de Jean-Louis Feitjaine, 1998

 



"Soudain, le brouhaha de l’auberge se transforma en un murmure de surprise et de frayeur. Un nouveau bateleur venait de monter sur scène. Un homme âgé mais robuste, au crâne dégarni et au visage zébré de cicatrices, avec en travers de la ceinture un fouet plombé et une large dague à un seul tranchant qui ressemblait fort à un couteau de boucher. D’un geste un peu théâtral, il avait dévoilé une cage de fer jusque-là masquée par un drap noir, et l’assemblée frémit en découvrant le contenu."

Le gobelin

le 29/04/2006 à 14h50

"- Et voici le clou du spectacle ! cria-t-il d’une voix éraillée. Un gobelin des Terres Noires, que j’ai moi même capturé au péril de ma vie !


Uter se retourna d’un bond. Jamais encore il n’avait vu de gobelin, ces guerriers repoussants d’une force sans égale et d’une cruauté terrifiante au combat, qui n’adoraient que des dieux sanguinaires et n’obéissaient qu’à leur maître, Celui-qui-ne-pouvait-être-nommé…


Le monstre, accroupi dans la petite cage, portait sur le corps plusieurs bandages sommaires, preuves de ses nombreuses blessures. Sans doute était-il évanoui quand le montreur d’animaux l’avait découvert. Jamais, sans cela, malgré son fouet plombé et son couteau de boucher, il ne serait parvenu à le capturer vivant… Freïhr s’était levé, saisi d’une rage d’ivrogne à la vue de l’un de ces monstres qui avaient détruit son village. Avant qu’Uter ait pu le retenir, il s’était précipité sur l’estrade et, l’épée à la main, il tentait de frapper à travers les barreaux de la cage le gobelin prisonnier.


- Es-tu devenu fou, barbare ? hurla le montreur d’animaux en le saisissant par le bras.


Freïhr ne répondit pas, mais son poing gauche se détendit brusquement, frappant l’homme juste sous le nez avec une puissance telle que le coup projeta ce dernier hors de l’estrade. Dans sa cage, le gobelin glapissait comme un chien et rugissait comme un lion, hurlant des injures dans la terrible langue des Terres noires, secouant les barreaux de sa prison avec une puissance effrayante."

[…]


*******

Indécence

le 29/04/2006 à 15h12

 

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"Trempé jusqu’aux os, le chasseur de grenouilles était blotti dans les roseaux, retenant son souffle. Serrant son sac contre lui, grelottant de froid, il ne bougeait pas, incapable de s’arracher au spectacle qu’il venait de découvrir à travers la bruine.


Sur la berge était couchée une elfe, ses longs cheveux noirs étalés sur l’herbe. Les yeux fermés, parfaitement nue, elle laissait la pluie glacée mouiller sa peau fine et bleutée sans paraître souffrir du froid, ni montrer de hâte à se sécher après la baignade dans le lac, ou à se recouvrir de chauds vêtements de fourrure, comme une femme l’aurait fait.


Le chasseur sourit en contemplant les courbes du corps que la pluie faisait briller d’un éclat d’argent. Elle était d’une minceur extrême, mais sans maigreur aucune. Ses cuisses, sesbras semblaient interminables. Entre ses seins aux auréoles d’un bleu sombre, la pluie formait une rigole qui coulait le long de son ventre jusqu’au renflement lisse de son sexe. Elle paraissait endormie, n’était le lent balancement de son pied effleurant l’eau du lac. L’homme aurait voulu s’approcher d’avantage encore, la toucher des doigts, mais il vivait depuis assez longtemps à Loth, la ville du Grand Conseil, pour avoir reconnu une elfe de l’antique race d’Eirin, ceux que les autres peuples appelaient les hauts-elfes. Et on racontait des choses inquiétantes sur les hauts-elfes, malgré leur irréelle beauté…"

Lâcheté

le 29/04/2006 à 15h16

"Lentement, elle se redressa, chassant de ses longs doigts les brins d’herbe collés à sa peau bleue. Elle enfila une tunique d’une couleur indéfinissable, puis elle jeta sa tête en arrière, rassembla derrière sa nuque ses cheveux noirs en un geste impudique qui fit saillir sa souple poitrine, et ramena au-dessus de son épaule une interminable natte qu’elle entreprit de dénouer.


L’homme déglutit, fasciné par ces cheveux noirs luisants d’où ruisselait un filet d’eau courant jusqu’entre les cuisses de l’apparition. Toujours accroupi, il s’arracha péniblement à la boue pour s’avancer encore, mais l’une de ses bottes resta collée dans la vase : il chuta de tout son long parmi les roseaux.


Lorsqu’il releva la tête, l’elfe avait disparu.


Elle était là, pourtant, toute proche, immobile dans les herbes, fixant de ses yeux verts, presque jaunes, le chasseur de grenouilles qui barbotait piteusement en tentant de récupérer sa botte. L’homme y parvint enfin et sortit de l’eau, si près qu’elle aurait pu le toucher. Mais il ne la vit pas. […]


L’homme éternua bruyamment et jura.

 


- Saleté ! Catin ! Montre-toi si tu l’oses !


L’elfe sourit, mais ses yeux se durcirent.


Le chasseur jura encore, vida sa botte gorgée d’eau et retira sa musette de grenouilles.


- Sorcière ! Brindille ! […] T’as de la chance ! cria-t-il. Je t’aurais montré, moi ! Cache-toi, va ! Ca vaut mieux !


- Qui se cache ?"


Désir

le 29/04/2006 à 15h23

 

"L’homme sursauta, laissant tomber dans l’herbe sa chemise. L’elfe était dressée, juste à côté de lui, enveloppée dans sa tunique de moire, le dominant d’une demi-tête mais paraissant plus frêle qu’un enfant.


- Sacrebleu, tu m’as fait peu ! Alors, tu étais là ?


- Oui, répondit l’elfe, avec le même sourire froid. Et toi tu étais là bas, dans les roseaux, n’est-ce pas ?


L’homme ricana gauchement. La tunique n’était pas fermée, et le corps irréel de l’elfe était là, tout près, il n’y avait qu’à tendre la main… Elle ne réagit pas lorsque la paume rugueuse du chasseur se plaqua sur sa peau bleuté et glissa jusqu’à ses seins."

Cruauté

le 29/04/2006 à 15h29

"- Seigneur Dieu, murmura le chasseur de grenouilles pour lui même. On dit que vous vous y entendez… On dit même que vous préférez les hommes, hein ?


- Tu as froid, dit-elle. Tu as froid et tu trembles… Et pourtant, ton ventre est en feu…


- Ouais ! marmona-t-il avec un autre ricanement obscène. Tu vas voir !


Elle commença à secouer tout doucement la tête sans le quitter des yeux.


-En feu… En feu…


L’homme la saisit par les hanches, arrachant la fragile tunique de moire, et la fit chuter dans l’herbe.


- Bynan nith.


- Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ?


La chaleur entre ses reins était trop forte. Insupportable. Il défit son ceinturon, laissa choir ses braies, puis s’agenouilla entre les jambes écartées de l’elfe. C’était trop beau. Nul n’avait…


- BYRNAN NITH !


A l’instant où l’elfe cria, une atroce douleur naquit dans les entrailles du chasseur de grenouilles. Il se releva, haletant, les yeux écarquillés de stupeur, le souffle coupé par la souffrance. Son ventre, ses intestins, son sexe avaient pris feu de l’intérieur. Il ouvrit la bouche pour hurler, mais ses cordes vocales avaient brûlé. Seule une flamme bleue, avide et ondulante tel un serpent en jaillit, léchant son visage, sa langue et son palais. L’homme roula à terre avec un mugissement suraigu, battant l’herbe frénétiquement, son ventre déjà noir grésillant comme de la graisse sur le feu. La dernière chose qu’il vit avant que ses yeux ne fondent fut le regard clair de l’elfe posé sur lui, et son calme sourire…"

 

*******

épilogue

le 30/04/2006 à 12h38

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Ne demande pas à sortir de ce bois.

Tu resteras ici, que tu le veuilles ou non.

Je suis un esprit d’un ordre peu commun.

Apprends-le, l’été lui-même, là où je m’arrête, reste immobile.

Et je t’aime.

Viens avec moi ; je te donnerai des fées pour te servir ; et elles t’iront chercher des joyaux au fond de l’abîme, et elles chanteront, tandis que tu dormiras sur les fleurs pressées.

Et je te purgerai si bien de ta grossièreté mortelle que tu iras comme un esprit aérien.


 


William Shakespear,

Le songe d'une nuit d'été

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