HeroicFantasy

Brocéliande

Brocéliande

le 23/05/2006 à 13h37
Après avoir accompagné le prince Emrys Myrddin, communément appelé Merlin et considéré comme le fils du diable, dans son périple de Grande Bretagne jusqu'à l'île de Battha, près de la côte Bretonne, le frère Blaise est accusé d'hérésie par ses supérieurs. Il est amené devant un conseil d'évêques pour y être jugé. Depuis sa capture, Merlin a mystérieusement disparu...


Extraits de "Brocéliande", de Jean-Louis Feitjaine, 2006

"Blaise resta un instant interdit, impressionné malgré lui par cet évêque, immense avec sa mitre et sa crosse, dressé devant lui comme une statue descendue de son socle. Il fut presque soulagé de reconnaître le visage de son accusateur, lorsque ce dernier s’avança vers lui.

 

- Notre frère Blaise a débarqué sur l’île de Battha en compagnie d’un enfant qu’il nomme Merlin, connu dans toute l’île de Bretagne pour son commerce avec le démon et qu’on surnomme le « fils du diable », ce dont il ne se défend pas et semble même en tirer orgueil. Loin de chercher à arracher cette âme mauvaise à l’emprise du Malin, notre frère a osé affirmer, en présence du comte Withur qui peut en attester, qu’il tenait ce sorcier pour un envoyé de Dieu, un nouveau messie venu racheter nos péchés, alors que ce Merlin n’est même pas baptisé, ce qui le rend indigne de la grâce divine. Je tiens, moi, cette aberration pour une hérésie, inspirée des doctrines effroyables de Pélage, que notre maître Augustin a si vertement combattues et qui ont rencontré, mon cœur peine à l’avouer, tant d’écho sur l’île de Bretagne.


- Un messie, vraiment ? murmura Samson.


- Cet enfant, demanda Victurius, a-t-il effectué des miracles ? Porte-t-il les stigmates ? Connaît-il les Ecritures ?


- Monseigneur, il les connaît ! s’exclama Blaise. Et sans jamais avoir appris le latin, ilpeut en citer des passages entiers !

[…]"


Le démon ...

le 23/05/2006 à 13h41

"- Mon frère, reprit l’évêque Félix avec un signe bienveillant de la main à l’intention de Cetomerinus, il faut remercier le Ciel de t’avoir mis sur le chemin de cet envoyé du diable.


- Monseigneur, pardonnez-moi, mais il n’en est rien ! s’exclama Blaise. Celui que l’on nomme Merlin, le prince Emrys Myrddin, fils d’Ambrosius Aurelianus et de la reine Aldan de Dyfed, n’a rien d’un démon. […] Il a disparu, c’est un fait. Mais après tout, peut-être a-t-il été aussi tué par ceux-là qui souhaitaient sa mort ! […] Le comte Withur a envoyé l’enfant vers vous, messeigneurs, pour que vous puissiez juger de sa nature, et non pour qu’il soit condamné d’avance. Hélas, Merlin a été soustrait à votre jugement, et il m’appartient de le défendre, face aux accusations de notre frère… A l’écouter, Merlin ne viendrait que du Mal. Est-ce vrai ?


- Sur ma foi, j’en atteste ! s’exclama Cetomerinus.


- Je ne suis qu’un simple moine, indigne d’une aussi savante assemblée… Mais que penser d’un clerc qui estimerait que le Mal vient du Mal, et non d’une perversion du Bien ? Le Mal serait-il une entité propre, en dehors de Dieu, ainsi qu’ont osé l’affirmer les manichéens ?"

" Il est perdu... "

le 23/05/2006 à 13h44

"L’évêque Samson, amusé tant par la contre-attaque de Blaise que par la réaction de l’aumônier, à la foi outré et désorienté, fit mine de l’applaudir. […]


- Votre Merlin serait donc un envoyé de Dieu, puisqu’il est bon ?


- Je… je ne sais pas…


- Mais si, voyons ! Tout homme n’est-il pas, par nature, une créature à l’image de Dieu, ainsi qu’il est écrit dans la Genèse ?


- Cela, on en peut le nier.


- Eh bien ? s’étonna Félix en faisant demi-tour et en revenant vivement vers l’accusé, un être créé à l’image de Dieu ne pourrait-il être touché par la grâce et choisir la voie du Bien par la seule force des on âme ? N’est-ce pas ce que vous venez vous-même de suggérer ? Réfléchissez bien, mon frère… Car ce Merlin que vous défendez n’est pas baptisé, de sorte que, s’il ne peut être touché par la grâce par la force seule de ses propres mérites et ainsi relever de Dieu, c’est qu’il procède du Mal, ainsi que croit notre frère Cetomerinus…


- Si, murmura Blaise. Si, je le crois…


- Que croyez-vous, mon frère ?


- Que Merlin a été touché par la grâce.


- Je comprends… Alors pourquoi le fils de Dieu est-il mort sur la croix ?


Blaise le dévisagea sans comprendre, parfaitement désorienté par ce brusque raccourci.


- Oui, dans quel but serait-il mort, puisqu’il n’était – à vous entendre- pas nécessaire de nous racheter du péché d’Adam ? Puisque chaque être sur cette terre, fût-il le dernier des païens, fût-il sorcier, même, pourrait accéder à la grâce par ses seuls mérites, en dehors du sacrement du baptême ?


- Il est perdu, chuchota l’évêque Samson à l’oreille de Judual…"


 

*******

Merlin et les elfes

le 23/05/2006 à 13h45

                                              ***


"Ils croisèrent d’autres villages elfiques, dormirent parfois dans des cabanes de branchages perchées en haut des arbres, parfois dans des huttes aménagées sous les buissons ou dans des terriers en cloche, semblables à celui où il s’était réveillé.


Aucun de ces villages ne ressemblaient aux bourgades édifiées par les hommes, tout d’abord parce que rien, de prime abord, ne les distinguait de la végétation environnante. Un fouillis de broussailles, un vallon couvert de hautes fougères, un entremêlement de branches sous les frondaisons, voilà ce qu’étaient leurs villes.


On n’y voyait personne, jusqu’à ce que les elfes se montrent, à l’appel de Gwydion. Alors, ils surgissaient de partout, silencieux comme des biches, venant les toucher en riant, caressaient les longs cheveux blancs de l’enfant comme s’ils n’avaient jamais rien vu de plus beau et les entraînant vers leurs étranges demeures.


Merlin les écoutait avec fascination parler dans leur langue chantante, jouait avec les petits tout nus qu’un rien faisait rire aux éclats, dévorait des yeux les jeunes elfes aux longues jambes élancées, impudiques et mutines, qui ne cessaient de le frôler. Parfois même l’une d’elle se glissait sous sa couche et se nouait à lui. Invariablement, elles avaient disparu au matin, quand ils reprenaientla route, mais le souvenir de leurs étreintes et de leur parfum d’herbe fraîche ne le quittait plus."

La sororité

le 23/05/2006 à 13h46

"Et puis soudain, un jour de crachin avec un ciel bas et terne, Gwydion s’arrêta.


- C’est là, dit-il. Tu dois maintenant continuer seul…


L’enfant regarda autour de lui. Ils venaient de déboucher des bois et descendaient la pente douce d’un vallon couvert de hautes herbes, au centre duquel se dressait un bosquet et où coulait un ruisseau. Rien d’autre.


Il allait apostropher son grand-père, mais un simple regard decelui-ci effaça le sourire moqueur des lèvres de Merlin. 


- Tu m’attendras ?


- Non. Ne t’en fais pas : quand tu sortiras de là, tu sauras où me trouver. Vas-y, maintenant, elles t’attendent.


- Elles ? Qui, « elles » ?


- La sororité du Sid. Les sept Brandrui, gardiennes du bosquet sacré.


- Je ne comprends pas, grand-père…


- Je sais.


Gwydion hocha la tête, recula d’un pas sans cesser de le dévisager gravement, puis fit demi-tour et s’en alla, sans un mot de plus."



Le bosquet sacré

le 23/05/2006 à 13h48

"Merlin le suivit des yeux jusqu’à ce qu’il s’efface dans la bruine. D’un seul coup, il se sentait comme dégrisé, revenu brutalement à ses peurs et à sa solitude. N’osant s’avancer, il commença par scruter chaque pouce de la lisière broussailleuse qui entourait le vallon. La pluie fine l’aveuglait à demi, mais il savait qu’il n’y avait personne, ni elfes, ni animaux. Tout juste le silence des arbres. […]


Achevant son tour d’horizon, l’enfant baissa les yeux vers le bosquet, en contrebas. Que pouvait-il avoir de sacré ? Ce n’était qu’un boqueteau, même si, à mieux y regarder, chacun des arbres qui le composait semblait différent.


Alors il s’en approcha, lentement. Gwydion n’avait-il pas parlé de sept gardiennes ? En tout cas, il y avait sept arbres, en cercle, de sept essences distinctes : un aulne, un chêne, un buisson de houx, un saule, un pommier chargé de fruits, un noisetier et un bouleau, droit et blanc, dominant les autres. Au milieu jaillissait une source, formant un mince ruisseau qui s’écoulait dans le vallon."

Hlystan

le 23/05/2006 à 13h49

 

"Dès l’instant où se yeux se posèrent sur le cours d’eau, Merlin ressentit une soif intense et l’irrésistible envie de s’y abreuver. Non, davantage qu’une envie, un besoin, une nécessité vitale, plus forte que sa peur. C’est cette soif qui le fit s’avancer vers le bosquet. Jusqu’à ce qu’il l’atteigne, jusqu’à ce qu’il pose sa main sur l’écorce rugueuse du chêne, il ne vit personne, ce qui l’effraya et le rassura tout à la fois.


Mais il toucha le tronc et elles furent là."


 

Hlystan, Lailoken... Hlystan.

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