Extraits de "Brocéliande", de Jean-Louis Feitjaine, 2006
"Blaise resta un instant interdit, impressionné malgré lui par cet évêque, immense avec sa mitre et sa crosse, dressé devant lui comme une statue descendue de son socle. Il fut presque soulagé de reconnaître le visage de son accusateur, lorsque ce dernier s’avança vers lui.
- Notre frère Blaise a débarqué sur l’île de Battha en compagnie d’un enfant qu’il nomme Merlin, connu dans toute l’île de Bretagne pour son commerce avec le démon et qu’on surnomme le « fils du diable », ce dont il ne se défend pas et semble même en tirer orgueil. Loin de chercher à arracher cette âme mauvaise à l’emprise du Malin, notre frère a osé affirmer, en présence du comte Withur qui peut en attester, qu’il tenait ce sorcier pour un envoyé de Dieu, un nouveau messie venu racheter nos péchés, alors que ce Merlin n’est même pas baptisé, ce qui le rend indigne de la grâce divine. Je tiens, moi, cette aberration pour une hérésie, inspirée des doctrines effroyables de Pélage, que notre maître Augustin a si vertement combattues et qui ont rencontré, mon cœur peine à l’avouer, tant d’écho sur l’île de Bretagne.
- Un messie, vraiment ? murmura Samson.
- Cet enfant, demanda Victurius, a-t-il effectué des miracles ? Porte-t-il les stigmates ? Connaît-il les Ecritures ?
- Monseigneur, il les connaît ! s’exclama Blaise. Et sans jamais avoir appris le latin, ilpeut en citer des passages entiers !
[…]"







